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Dernière mise à
jour le 19 mars 2017

Histoire de l'allaitement

Brève histoire de l'allaitement maternel dans nos régions de l'Antiquité à nos jours

Allaiter ? Un choix personnel de la mère informée aimerait-on répondre. Cependant, à travers les siècles, cette vision idyllique d'une fonction naturelle a été fortement influencée par les avis contraignants des médecins et des philosophes, les modes éducatifs, le niveau socio-économique de la population. 

Ainsi, dans l'Antiquité, allaiter était une fonction primordiale et obligatoire, d'autant plus que les anciens considéraient qu'à travers le lait maternel se transmettaient les traits de caractère : confier son enfant à une nourrice, c'était l'exposer à téter les vices de celle-ci. Cependant, si les mères de condition modeste ou appartenant à la bourgeoisie moyenne allaitaient, dans les familles princières, l'enfant était nourri par des esclaves.

Par la suite, le recours aux nourrices allait s'étendre aux mères plébéiennes, qui ne pouvaient se permettre les services d'esclaves mais se rendaient au "Forum Olitorium" à Rome, sorte de marché où des femmes se groupaient pour allaiter moyennant rémunération. Jules César aurait témoigné de l'importance de ce phénomène, en s'écriant sur une promenade publique : "les dames romaines n'ont donc plus d'enfant à porter ni à nourrir qu'on ne voit plus entre leurs mains que des chiens ou des singes"(Witkowski G.-J., Tetoniana. Anecdotes historiques et religieuses sur les seins et l'allaitement comprenant l'histoire du décolletage et du corset, Paris, A. Maloine, 1898).

Sur les conseils du célèbre médecin Soranos, l'allaitement était interdit les vingt premiers jours après la naissance, le lait maternel étant considéré comme indigeste. En attendant, le nouveau-né était nourri de miel tiède, éventuellement mélangé à du lait de chèvre. Le sevrage intervenait vers l'âge de deux ans ; le "guttus", sorte de petit biberon en terre cuite ou en verre, prenait alors le relais pour offrir à l'enfant du lait animal, des soupes ou des bouillies. 

Au Moyen-Age, alors que la place de l'allaitement maternel était prépondérante, dans les classes aisées, le recours aux nourrices était la norme, ainsi qu'en témoigne la mise en place d'une industrie nourricière structurée dès le 12ème siècle à Paris. Il s'agissait avant tout de contourner l'interdiction faite aux femmes allaitantes d'avoir des rapports sexuels. En effet, il était répandu de considérer que le lait ne résultait que de la transformation du sang : la reprise des rapports sexuels risquait de faire réapparaître les règles et par conséquent de diminuer la lactation. De plus, en cas de nouvelle grossesse, les médecins, tel M. Dionis, considéraient que "l'embryon installé au fond de la matrice pouvait sucer le sang et n'en laisser arriver plus une goutte aux mamelles"(Dionis P., Traité général des accouchemens qui instruit de tout ce qu'il faut faire pour être habile accoucheur par M. Dionis, premier chirurgien de feües Mesdames Les Dauphines et Maître-Chirurgien juré à Paris, Liège, F. Broncard, 1721.). A cette époque, on a perdu l'habitude ancienne de priver l'enfant du colostrum ; l'allaitement débutait immédiatement après la naissance. L'enfant était sevré entre 18 mois et 3 ans ; des cuillères, tasses, verres, cornes percées permettaient alors de le nourrir avec des soupes, bouillies, etc.

Dans la foulée des conceptions du Moyen-Age, de nombreux auteurs de la Renaissance, tels Erasme, Cornelius, Joubert considéraient l'allaitement maternel comme idéal, et reprochaient aux mères la mise en nourrice de leur enfant. "Pourquoi est-ce que Nature leur a baillé deux mamelles comme deux petites bouteilles, sinon pour cet effet (l'allaitement)", affirmait le moraliste Benedicti(Erasme Puerpera. Colloques, 1ère division, 7ième dialogue, trad. Guewdeville, Leyde, Van der Aa, t. 1, 1720.).

Mais, dès le 17ème siècle, alors que de tout temps médecins et moralistes avaient vanté les bienfaits de l'allaitement maternel, le discours médical va faire germer les premières idées louant une alimentation artificielle du nourrisson. Pour certains médecins, en effet, la mère et la nourrice étaient deux écueils dangereux : la première voyait ses passions exacerbées par sa vie corrompue en société, à la deuxième étaient attachés tous les vices physiques et moraux attribués alors aux gens des campagnes. Donc, plutôt un lait animal qu'un lait de femme... Le même discours médical préconisait d'attendre plusieurs jours (de 2 à 20 jours) avant la première mise au sein, le colostrum étant considéré comme un véritable poison ("du sang mal blanchi"). A ces considérations, s'opposaient celles de nombreux moralistes, tel J.-J. Rousseau, qui louaient l'allaitement, pour ses bienfaits, mais aussi, cette idée était nouvelle, pour l'attachement qu'il permettait entre la mère et l'enfant.

Cependant, l'évolution économique et sociale, allant de pair avec une industrialisation naissante et le mouvement d'urbanisation qui en découlait, firent que la pratique de la mise en nourrice se généralisa, causant une mortalité effroyable parmi les nouveau-nés. Toutes les classes sociales y recouraient, même les familles les plus pauvres faisaient des sacrifices énormes afin d'envoyer leur enfant en nourrice, loin de l'air vicié des villes. 

Le 19ème siècle, avec sa croissance urbaine et le développement du travail des femmes, a fait que peu de mères élevaient leur nouveau-né. Dans les familles aisées, les obligations mondaines empêchaient le maternage. D'autres raisons, plus quotidiennes, rendaient l'allaitement difficile. Ainsi, la mode des corsets, fit que dès le 16ème siècle, il fallut trouver des solutions aux nombreux mamelons aplatis ou rétractés : téterelles, pipes, suçoirs, ou même "téteurs" professionnels appelés de village en village.

La pratique de retarder la première mise au sein de plusieurs jours entraînait des engorgements fréquents, traités dès le 18ème siècle par les premiers tire-lait : des ventouses plongées dans de l'eau bouillante, puis appliquées sur les seins. Il faudra attendre la fin du 19ème siècle pour voir apparaître les tire-lait à réservoir.

Au 19ème siècle, l'habitude de la mise en nourrice était à son apogée. En effet, le courant d'exode né de la misère, amenait beaucoup de femmes des campagnes à aller se placer comme "nourrices sur lieu" dans des familles bourgeoises. Par contre, beaucoup de nourrissons étaient envoyés à la campagne dans les "tristes villages", chez une "nourrice du loin", encore fallait-il qu'ils survivent aux conditions de transport déplorables. Sur place, les enfants se retrouvaient dans une famille pauvre, aux conditions d'hygiène et matérielles souvent précaires, trop rapidement nourris avec des soupes et des bouillies car par souci financier, la nourrice acceptait souvent plusieurs nourrissons. Les conséquences de ces pratiques furent désastreuses : le lait maternel n'allait presque jamais à l'enfant auquel il était destiné, les nourrices laissant leur propre nourrisson à d'autres mains afin d'allaiter un enfant étranger contre rémunération. Les statistiques parlent d'elles-mêmes : 71% de mortalité chez les enfants mis en nourrice, 15% chez ceux allaités par leur mère. A Paris, en 1790, sur 21.000 enfants, seuls 1801 étaient allaités par leur mère, 19.000 par une nourrice vivant à domicile. Cette mortalité infantile élevée et une propagande active menée en faveur de l'allaitement maternel par les moralistes et certains médecins amenèrent le corps médical, dès la deuxième moitié du 19ème siècle, a réhabilité l'allaitement maternel. Le colostrum fut à partir de ce moment à nouveau considéré comme aliment précoce bénéfique. Avec la fin du 19ème siècle, vinrent les premières manifestations d'un intérêt pour la santé du nourrisson et la création d'oeuvres privées visant à ce bien-être : les "consultations pour nourrissons", les "gouttes de lait" apparurent à cette époque. On y préconisait l'allaitement maternel, éduquant les mères à une meilleure pratique, car les médecins savaient désormais de manière scientifique que le lait de femme est la nourriture appropriée par excellence au nourrisson. Les sociétés protectrices de l'enfance qui aidaient moralement et matériellement les mères pauvres attachaient leur soutien à l'obligation pour ces mères d'allaiter leur enfant.

Dans la même dynamique de lutte contre la mortalité infantile extrême, allait se développer l'alimentation artificielle : du lait animal (d'ânesse, de brebis, de chèvre, de vache) donné à l'enfant dans des biberons de cuir, de bois, de métal, des tasses, des petits pots, etc. 

En effet, les médecins estimaient que, face au désastre que représentait pour l'enfant la mise en nourrice, dans les cas où la mère ne pouvait allaiter, l'enfant avait plus de chance de survie en restant dans sa propre famille, même nourri au biberon. 

Cependant, les conditions d'élevage des animaux, les conditions d'approvisionnement des villes en lait, les nombreuses falsifications du lait, les conditions d'utilisation des biberons étaient responsables chez les nourrissons alimentés artificiellement de nombreuses gastro-entérites et autres infections et de leur mortalité considérable. Il faudra attendre l'application des principes de stérilisation et de pasteurisation aux laits artificiels pour constater une diminution de la mortalité infantile. 

Dès lors, le biberon fut massivement utilisé par l'ensemble des mères et surtout par les ouvrières, qui maîtrisaient mal la technique du biberon, par ignorance des principes fondamentaux de l'hygiène la plus élémentaire. Le corps médical réagira par des campagnes menées en faveur de l'hygiène lors de l'entretien et de la préparation des biberons (par ailleurs souvent de forme incompatible avec ces mêmes règles d'hygiène !). 

Ainsi, dès le début du 20ème siècle, les crèches près du lieu du travail, les primes à l'allaitement, les oeuvres privées, le biberon, ont réussi à imposer l'enfant dans sa famille. Après la guerre 40, l'industrie des nourrices disparaît, les premiers lactariums apparaissent en France.

A partir de cette époque, les firmes productrices de laits de substitution destinés aux nourrissons instaurent auprès du personnel médical une stratégie commerciale très efficace : prise en charge de formations, de colloques, financement de matériel médical, appui financier d'associations de médecins, etc. De plus, la publicité pour les aliments de substitution devient de plus en plus envahissante auprès des parents : les messages publicitaires à travers différents médias et les distributions d'échantillons gratuits imposent le biberon comme un progrès, remplaçant avantageusement le lait maternel. 

Le discours féministe ne laissera pas une place de choix à l'allaitement : en imposant à la femme une présence très régulière auprès de son enfant, il l'enferme dans son rôle de mère. Le biberon apparaît alors comme libérateur de cet "esclavage". Par contre, dans les années 70, le mouvement de "retour à la nature" et la revendication du droit des femmes au plaisir alimentent un courant favorable à l'allaitement maternel. 

A l'heure actuelle, alors que les nombreuses recherches scientifiques confirment chaque jour la supériorité du lait de femme sur les produits de formules lactées, ce ne sont que 67% des femmes en Belgique francophone qui prennent la décision d'allaiter à la naissance de leur enfant. Seules 30% de ces femmes allaitent encore deux mois plus tard(Voir le Guide de l'Allaitement d'Infor-Allaitement, fiche Statistiques autour de l'allaitement.). Selon certaines études, le niveau culturel de la mère, l'influence de personnel médical, les pressions sociales, celle du père influencent le choix de la mère.

Bibliographie

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